LE DÉSERTEUR // SENYOR GRAN PRESIDENT

SENYOR GRAN PRESIDENT
Senyor gran president jo us adreço una lletra
que llegireu si us sembla o si us sobra temps.
Em deixo de llegir una ordre que m'apena
l'haver d'anar a la guerra dimecres a la nit.

Senyor gran president no vull anar a la guerra
jo no estic a la terra per matar a la gent.
No us vull pas molestar més haig d'assabentar-vos
que no vull pas complaure-us i penso desertar.
La mare ha sofert tant i reposa a la tomba
i ja no sent les bombes i tampoc el meu clam.

Demà de bonn matí jo tancaré la porta
deixant les meves coses, aniré a fer camí.

Viuré de caritat, aniré d'un poble a l'altre
amb la cara ben alta i cridaré a la gent:
"NO us deixeu enganyar i no vulgueu pas creure,
no aneu a la guerra, no hi vulgueu pas anar".

I si cal donar sang aneu a donar la vostra
no féu vessar la nostra senyor gran president.

I si em féu agafar digueu als vostres guàrdies
que no duré cap arma ni em podré defensar.

Senyor gran president no vull anar a la guerra
jo no estic a la terra per matar a la gent.  

EL DESERTOR
(Traducció de Joan Isaac)
Senyor governador
jo vos escric tres ratlles.
I no és demanar gaire
si os prego les llegiu.
Jo tinc entre els meus. dits
les ordres que m’obliguen
partir prest a la guerra
dimecres a la nit.
Senyor governador
li dic que em nego a fer-la
no tinc raons ni em tenta
matar cap enemic.
I quedi clar senyor
que això no és cap ofensa
la decisió ja és presa:
jo vull ser desertor.
Després d’haver nascut
he vist morir al meu pare
germans marxar de casa
i els plors, dels meus petits.
Ma mare patí tant
que avui ja és a la tomba
i se’n riu de les bombes
i els cucs del seu voltant.
Quan era presoner
varen prendre’m la dona
varen prendre’m les hores
i el meu passat feliç.
Demà de bon matí
me n’aniré de casa
i esclafaré la porta
als nassos de l’ahir.
Viuré de les almoines
que em donin mans senzilles.
D’Alcoi a la Cerdanya
diré a la bona gent:
Negueu-vos a obeir
digueu no, a les ordres
no aneu pas a la guerra.
Negueu-vos a partir.
Si s’ha de perdre sang
perdeu Senyor la vostra
feu bé el paper d’apòstol
senyor governador.
I si em feu perseguir
digueu als qui em segueixin
que no duré cap arma.
Podran tirar tranquils.

LE DESERTEUR
(Boris Vian)
Monsieur le président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C’est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m’en vais déserter
Depuis que je suis né
J’ai vu mourir mon père
J’ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Qu’elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j’étais prisonnier
On m’a volé ma femme
On m’a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J’irai sur les chemins
Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et j’irai dire aux gens
Refusez d’obéir
Refusez de la faire
N’allez pas à la guerre
Refusez de partir
S’il faut donner son sang
Aller donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n’aurai pas d’armes
Et qu’ils pourront tirer

PAROLE DE DÉSERTEUR
(Lettre: Renaud)

Monsieur le président
Je vous fais une bafouille
Que vous lirez sûrement
Si vous avez des couilles
Je viens de recevoir
Un coup d'fil de mes vieux
Pour m'prévenir qu'les gemdarmes
S'étaient pointés chez eux
J'ose pas imaginer
C'que leur a dit mon père
Lui, les flics, les curés
Et pis les militaires
Les a vraiment dans l'nez
P't-être encore plus que moi
Dès qu'il peut en bouffer
L'vieil anar' y s'gêne pas
L'vieil anar' y s'gêne pas

Alors y parait qu'on m'cherche
Qu'la France a besoin d'moi
C'est con, j'suis en Ardèche
Y fait beau, tu crois pas
J'suis là avec des potes
Des écolos marrants
On a une vieille bicoque
On la retappe tranquillement
On fait pousser des chèvres
On fabrique des bijoux
On peut pas dire qu'on s'crève
L'travail, c'est pas pour nous
On a des plantations
Pas énormes, trois hectares
D'une herbe qui rend moins con
Non, c'est pas du ricard
Non, c'est pas du ricard

Monsieur le président
Je suis un déserteur
De ton armée de glands
De ton troupeau d'branleurs
Ils auront pas ma peau
Toucheront pas à mes cheveux
J'saluerai pas l'drapeau
J'marcherai pas comme les boeufs
J'irai pas en Allemagne
Faire le con pendant douze mois
Dans une caserne infame
Avec des plus cons qu'moi
J'aime pas recevoir des ordres
J'aime pas me lever tôt
J'aime pas étrangler le borgne
Plus souvent qu'il ne faut
Plus souvent qu'il ne faut

Puis surtout c'qui m'déplait
C'est que j'aime pas la guerre
Et qui c'est qui la fait
Ben c'est les militaires
Ils sont nuls, ils sont moches
Et pis ils sont teigneux
Maintenant j'vais t'dire pourquoi
J'veux jamais être comme eux
Quand les Russes, les Ricains
Feront péter la planete
Moi, j'aurais l'air malin
Avec ma bicyclette
Mon pantalon trop court
Mon fusil, mon calot
Ma ration d'topinambour
Et ma ligne Maginot
Et ma ligne Maginot

Alors me gonfle pas
Ni moi, ni tous mes potes
Je serai jamais soldat
J'aime pas les bruits de bottes
T'as plus qu'a pas t'en faire
Et construire tranquilos
Tes centrales nucléaire
Tes sous-marins craignos
Mais va pas t'imaginer
Monsieur le président
Que j'suis manipulé
Par les rouges ou les blancs
Je n'suis qu'un militant
Du parti des oiseaux
Des baleines, des enfants
De la terre et de l'eau
De la terre et de l'eau

Monsieur le président
Pour finir ma bafouille
J'voulais t'dire simplement
Ce soir on fait des nouilles
A la ferme c'est l'panard
Si tu veux, viens bouffer
On fumera un pétard
Et on pourra causer
On fumera un pétard
Et on pourra causer